La consultation africaine sur la terre, l’exploitation minière et M. Eddy Rocves la justice - Rapport de Mlle Queency Lecoq et M

Gaborone, Botswana - du 21 au 25 avril 2026

Publié le 19 mai 2026

1 Introduction
Nous avons participé à la Consultation africaine sur l’exploitation minière, la terre et la justice, organisée par le Conseil pour la mission mondiale (CWM) et le Conseil œcuménique des Églises (COE), qui s’est tenue à Gaborone, au Botswana, du 21 au 25 avril 2026. Nous y avons assisté au nom de l’Église presbytérienne de Maurice (EPM).
Cette consultation a réuni des participants venus de toute l’Afrique pour réfléchir aux défis interdépendants que posent les industries extractives, la dépossession des terres, la dégradation écologique et l’injustice sociale. La réunion a coïncidé avec la Journée de la Terre, soulignant ainsi l’urgence de la responsabilité écologique et de la sauvegarde de la création.

2 Contexte : le Botswana
Le Botswana se trouve actuellement à un tournant historique crucial, à la suite d’une transition politique majeure après des décennies de gouvernance par un parti dominant. Ce changement coïncide avec un ralentissement économique lié au déclin mondial du marché du diamant et à la concurrence accrue des diamants de synthèse.
Bien qu’il soit classé parmi les pays à revenu intermédiaire supérieur, le Botswana continue de faire face à des inégalités persistantes. Environ 19,7 % de la population vit dans la pauvreté, et la malnutrition reste un sujet de préoccupation dans les communautés marginalisées.

3 Principaux enjeux issus de la consultation
La consultation a mis en évidence les liens étroits et croissants entre les industries extractives et :

Les impacts environnementaux : précarité de l’approvisionnement en eau, dégradation

Impacts sociaux : déplacements de population, inégalités, souveraineté alimentaire

Problèmes de gouvernance : droits fonciers, prédominance du droit minier

Impacts liés au genre : les femmes sont touchées de manière disproportionnée

Les industries extractives ont été décrites comme à la fois « assoiffées » et « polluantes », détournant souvent les ressources en eau et contaminant les écosystèmes. Les activités minières entraînent fréquemment une dégradation des sols, rendant l’agriculture non durable et contraignant les communautés à dépendre des denrées alimentaires importées.

Les déplacements de population sont une conséquence récurrente, impliquant souvent la perte de terres ancestrales, du patrimoine culturel et des liens spirituels avec le lieu. Dans de nombreux contextes, les lois nationales font passer les droits miniers avant la propriété foncière traditionnelle, laissant aux communautés touchées des recours juridiques limités.

Les femmes sont touchées de manière disproportionnée, en particulier dans leurs rôles liés à la collecte de l’eau et à l’agriculture de subsistance. Dans certains cas, les forces de sécurité protégeant les intérêts des entreprises ont été associées à des violations des droits humains.

4 Programme des consultations et ordre du jour

(a) Rev. Dr Rupert Hambira (b) Évêque Temple

4.1 Jour 1 : Journée de la Terre
La séance plénière d’ouverture a donné lieu à des allocutions de bienvenue du Conseil pour la mission mondiale (CWM) et du Conseil œcuménique des Églises (COE), coïncidant avec la Journée de la Terre, ce qui a souligné l’urgence écologique de cette consultation. Elle a été suivie d’un discours liminaire du révérend Rupert Hambira sur les perspectives théologiques concernant l’exploitation minière, la terre et la justice. Dans son intervention, il a souligné que la terre ne doit pas être considérée uniquement comme une ressource économique, mais comme une partie de la création de Dieu, revêtant une signification spirituelle, culturelle et communautaire. Il a mis en avant le fait que là où règne l’injustice, la terre cesse d’être une source de bénédiction et devient au contraire un lieu de souffrance et d’inégalité.

L’évêque Temple (Sierra Leone : exploitation minière) a souligné que la terre ne devait pas être traitée comme une marchandise, appelant à la justice, à la responsabilité et à la protection des communautés touchées.

Les présentations de l’après-midi sur l’ICARRD+20 ont établi un lien entre les luttes locales et les efforts mondiaux de réforme agraire, soulignant la nécessité d’une transformation systémique et d’une responsabilisation.

La journée s’est achevée par un atelier consacré au rôle des chefs religieux, au cours duquel les participants, parmi lesquels Hella Tangu et d’autres, ont partagé leurs expériences en matière d’engagement communautaire et de défense de la justice foncière et environnementale à travers l’Afrique.

L’un des principaux enseignements de cette session a été la prise de conscience que les déclarations seules ne suffisent pas. Les Églises et les instances œcuméniques ont la responsabilité de préparer activement les jeunes à assumer des rôles de direction et de leur donner les moyens d’agir, par le biais du mentorat, de l’inclusion et du renforcement ciblé des capacités.

4.2 Jour 2 : Prière du matin et réflexion théologique

L’étude biblique sur 1 Rois 21, 1-16 a abordé l’histoire de la vigne de Nabot comme un cas d’injustice foncière et d’abus de pouvoir.

Ce passage montre que le roi Achab convoite la vigne de Nabot, mais que ce dernier refuse de la vendre car il s’agit de son héritage ancestral. En réponse, la reine Jézabel orchestre une fausse accusation contre Nabot, conduisant à sa mort injuste afin que le roi puisse s’emparer de la terre.

La réflexion a mis en lumière les thèmes de l’abus de pouvoir, de l’injustice dans l’acquisition des terres et de la mise au silence des personnes vulnérables. Les participants ont discuté de la façon dont cela reflète les luttes modernes autour de la terre et de l’exploitation minière, où des acteurs puissants peuvent déposséder des communautés par des moyens injustes ou coercitifs.

L’étude s’est conclue par un appel à un leadership éthique, à la protection des droits communautaires et à la résistance contre les systèmes qui permettent la dépossession des terres.

4.3 Étude de cas : le village de Lentsweletau
Au cours de la consultation, les participants se sont rendus dans le village de Lentsweletau, où nous avons pu échanger directement avec les communautés locales confrontées à des difficultés liées à l’utilisation des terres et des ressources. Ces échanges ont mis en lumière une réalité complexe. Si certains membres de la communauté ont reconnu certains avantages économiques liés aux activités minières, une vive inquiétude s’est également fait jour concernant les promesses non tenues en matière de développement et de soutien à long terme. Beaucoup ont fait savoir que les améliorations attendues en matière d’infrastructures, de moyens de subsistance et de services sociaux ne s’étaient pas concrétisées comme prévu.

(a) Opening session (b) Group discussions (c) Community Testimony

Cette situation met en évidence les inégalités sous-jacentes dans la manière dont les projets d’extraction sont communiqués et mis en œuvre. Elle soulève également des questions importantes concernant la prise de conscience et la compréhension des implications plus larges de l’utilisation des terres. D’un point de vue théologique, la terre est considérée non seulement comme une ressource économique, mais aussi comme un bien sacré lié à l’identité, au patrimoine et à la vie communautaire. L’intégration limitée de cette perspective dans les discours sur le développement contribue encore davantage aux tensions entre les intérêts économiques et le bien-être des communautés.

5 Conséquences pour Maurice et appels à l’action
Bien que l’île Maurice ne soit pas un grand pays minier, on observe des dynamiques d’extraction similaires à travers le changement d’affectation des sols, le développement côtier et la pression sur l’environnement. La consultation appelle donc à accorder une attention renouvelée à la justice écologique dans le contexte mauricien. Les terres autrefois utilisées pour l’agriculture, en particulier les plantations de canne à sucre, sont de plus en plus souvent converties en complexes résidentiels et touristiques haut de gamme. Cela réduit la capacité de production alimentaire locale et aggrave les inégalités d’accès à la terre. L’île Maurice est également confrontée à un stress hydrique croissant, avec une distribution inégale pendant les périodes de sécheresse qui affecte plus sévèrement les communautés vulnérables que les zones aisées. La sécurité alimentaire reste une préoccupation majeure, environ 75 à 80 % des denrées alimentaires étant importées. La perte continue de terres agricoles accroît la dépendance et contribue aux défis de santé publique liés à la consommation d’aliments transformés. Parallèlement, les écosystèmes côtiers et marins subissent la pression des activités de développement, notamment la modification des lagons et la construction côtière, qui menacent les récifs coralliens, les mangroves et la biodiversité. La marée noire de 2020 a encore mis en évidence la fragilité de l’environnement marin mauricien.

Appels à l’action à l’intention de l’Église presbytérienne de Maurice
La consultation exhorte l’Église presbytérienne de Maurice (PCM) à réagir par des actions concrètes et porteuses de changement :
Intégrer la justice écologique et foncière dans le culte, la prédication et la formation des jeunes, notamment par le biais de pratiques liturgiques et d’une éducation axées sur la création.

Réaliser des audits des terres appartenant à l’Église et réaffecter activement les parcelles appropriées à des usages durables, notamment des potagers communautaires, des projets d’agroécologie et la restauration de la biodiversité.

Développer des programmes éducatifs participatifs, incluant des outils créatifs tels que le théâtre-forum, afin de donner aux communautés – en particulier dans les régions côtières et vulnérables – les moyens de défendre leurs droits fonciers, leurs droits à l’eau et leurs droits environnementaux.

6 Conclusion
Cette consultation a montré que l’injustice écologique n’est pas une préoccupation abstraite ou lointaine, mais une réalité vécue à Maurice, qui se manifeste dans les pratiques de conversion des terres, la dégradation de l’environnement et l’accès inégal aux ressources naturelles. Ces dynamiques exigent une réflexion morale et théologique urgente, mais aussi des actions concrètes.

L’Église ne peut rester un observateur passif. Elle est appelée à un témoignage prophétique qui remet en cause les systèmes d’exclusion, se tient aux côtés des communautés vulnérables et participe activement à la guérison et à la protection de la création. Dans ce contexte, la foi doit s’exprimer à travers la justice, la gestion responsable et la solidarité.

« La terre appartient au Seigneur, ainsi que tout ce qu’elle contient » (Psaume 24, 1). Cette affirmation n’est pas seulement spirituelle, mais aussi éthique : elle exige que la terre et la nature soient traitées comme un bien commun plutôt que comme une marchandise destinée à l’accumulation privée.

Par conséquent, le moment présent exige plus qu’une simple réflexion : il exige une transformation. Un engagement renouvelé est nécessaire de la part des communautés de foi, des institutions et des individus pour repenser la manière dont la terre est utilisée, dont les ressources sont partagées et dont la justice est recherchée pour les générations présentes et futures.
Cordialement et avec nos bénédictions,
Mme Queency Lecoq
M. Eddy Rocves