Brève description de la Nouvelle-Zélande (Aotearoa)

La Nouvelle-Zélande se caractérise par un fondement biculturel profondément ancré, qui reconnaît officiellement le partenariat entre le peuple indigène maori (Tangata Whenua) et les colons européens (Pākehā) en vertu du Traité de Waitangi. Cela se traduit par une société qui s’efforce délibérément de trouver un équilibre entre l’organisation systémique occidentale et les visions du monde polynésiennes indigènes.
Sur le plan théologique, le pays a dépassé le modèle d’Église coloniale unique. L’Église presbytérienne d’Aotearoa-Nouvelle-Zélande comprend à la fois des établissements d’enseignement indépendants, très structurés et guidés par des valeurs, et le Te Aka Puaho (le synode maori), ainsi que des congrégations dynamiques de la région du Pacifique.
(Samoa, Îles Cook, Nioué). Cet écosystème pluraliste offre un exemple concret de la manière dont les communautés religieuses peuvent préserver leur spécificité culturelle tout en restant unies sous une même bannière réformée.
Ce rapport rends compte en détail d’une consultation de plusieurs jours menée à travers la Nouvelle-Zélande, axée sur l’intersection entre l’éducation formelle, la pédagogie autochtone, le bien-être communautaire et les diverses expressions culturelles de la foi.

En tant que délégation, nous avons exploré des modèles innovants de ministère des enfants, des cadres éducatifs alternatifs issus des communautés du Pacifique, ainsi que les systèmes d’apprentissage traditionnels maoris. Les enseignements tirés de ce voyage influenceront directement notre approche en matière d’élaboration des programmes scolaires, de décolonisation de la pédagogie et d’engagement communautaire global.
Programme quotidien et interventions stratégiques
Jour 1 – Dimanche 17 : Églises et modèles communautaires contrasté
La consultation a débuté par une exploration des diverses formes d’expression presbytériennes à Auckland, afin d’observer comment les différentes congrégations s’engagent auprès de leurs communautés locales.
Observations de la matinée : les membres de la délégation se sont répartis entre plusieurs offices du matin, notamment à l’église presbytérienne de St Helier, à l’église presbytérienne de Glendowie et à l’Église presbytérienne des Îles Cook.

Constat clé : La comparaison entre les contextes paroissiaux traditionnels et les environnements spécifiques des « nids linguistiques » de la région Pacifique a mis en évidence l’importance d’un ministère contextuel.
Séance du soir : j’ai participé à l’initiative « Messy Church » à l’église presbytérienne de Kohimarama, axée sur une formation religieuse multigénérationnelle fondée sur l’hospitalité (et qui s’est terminée par un dîner communautaire).


Jour 2 – Lundi 18 : Spiritualité et méthodes – « Godly Play »
Lieu : Eglise anglicane Upper Room (Newmarket, Auckland).

Objectif : un atelier intensif d’une journée entière (de 9 h 15 à 16 h) consacré au « Godly Play », une méthode de formation spirituelle destinée aux enfants qui valorise leur spiritualité innée à travers les contes et le jeu.

Contextualisation du Pacifique : transfert à l’Église chrétienne des Îles Cook d’East Tamaki
(Otara) pour un séminaire en soirée intitulé « Les âges et les étapes de la foi », consacré à la manière dont les différents héritages culturels se reflètent dans les étapes spirituelles.

Jour 3 – Mardi 19 : Systèmes, ressources et programmes d’enseignement axés sur la diversité
Lieu : Programme Saint Kentigern (campus de Shore Road et de Pakuranga).
Études sur les campus : Campus de Shore Road : évaluation de l’intégration harmonieuse d’une éducation fondée sur des valeurs, de la maternelle à la 8e année, comprenant une visite des lieux et l’observation d’un cours d’éducation chrétienne.
Campus universitaire (Pakuranga) : étude de l’aumônerie au niveau secondaire, des programmes d’apprentissage par le service et de l’allocation des ressources pour des populations étudiantes diversifiées.
Réflexions théologiques et pédagogiques :
Melba, de Nauru :

A présenté une étude de cas majeure menée à Nauru, intitulée « L’école : une histoire alternative du Pacifique », qui remet en question les structures eurocentriques des programmes scolaires.
Tevahine, de Tahiti :
A présenté un exemple pastoral de cadres d’aumônerie issus de Tahiti.

Jour 4 – Mercredi 20 : L’indigénéité et la formation de la personne et la communauté
La délégation s’est rendue à Ōhope en passant par Hamilton et Whakatāne, en partant d’Auckland vers le sud.

Étape à Hamilton : visite du Te Whare Taonga o Waikato (musée et galerie de Waikato) pour examiner les expositions éducatives régionales.

Cadres pédagogiques : J’ai assisté à une séance d’information approfondie animée par Amelia sur le thème « Décoloniser et réimaginer », qui mettait en parallèle les systèmes de raisonnement linéaires versus cycliques dans les modèles d’apprentissage autochtones.
Immersion culturelle : Arrivée à Ōhope pour découvrir l’histoire de Te Aka Puaho (le synode maori de l’Église presbytérienne). La délégation a fait l’expérience de la vie communautaire traditionnelle en séjournant sur le marae (Fenua/Whenua), où l’accent est mis sur les espaces partagés, les quartiers séparés selon le genre et le renforcement communautaire relationel.
Jour 5 – Jeudi 21 – Vendredi 22 : Immersion au marae
Deux journées complètes consacrées à des séances plénières intensives, des ateliers et une vie en communauté, axées sur le bien-être communautaire et les structures religieuses familiales.



Thèmes clés abordés :
- La philosophie et la pratique du ministère des enfants selon Te Aka Puaho.
- « La spiritualité de l’enfant » (animé par Judyth). - Tables rondes sur des études de cas de participants.
Méthodes utilisées : afin de modéliser une gouvernance collaborative et non hiérarchique, les sessions ont fait appel à la carte mentale, à l’enquête appreciative, à la découverte et à la technologie des espaces ouverts.
Pédagogie axée sur le territoire : s’impliquer dans le jeu / Réinterpréter la Création sur le terrain, une approche narrative hors des sentiers battus, qui explore comment la géographie physique façonne la compréhension théologique.
Jour 6 – Samedi 23 : Synthèse et trajet de retour
Trajet : Retour d’Ōhope à Auckland, avec un arrêt stratégique de processus à Rotorua.
Réflexion : Le temps de trajet a été mis à profit pour organiser des tables rondes de réflexion structurées, visant à synthétiser les outils pédagogiques (Enquête appréciative / Espace ouvert) mis en pratique au Marae.
Jour 7 – Dimanche 24 : Approfondissement sur la communauté du Pacifique


Activité du matin : présence à la paroisse des îles du Pacifique de Newton, où j’ai participé aux activités de l’école du dimanche et à l’office solennel, suivies d’un échange sur place avec le révérend Winston concernant la dynamique paroissiale samoane.
Synthèse de la soirée : Retour à l’Église chrétienne des Îles Cook à Otara pour un dîner festif commun, visant à consolider les partenariats œcuméniques régionaux.
Jour 8 – Lundi 25 : Résultats stratégiques et séance plénière
Lieu : Église presbytérienne de Mangere (10 h 00 – 16 h 00).
Mesures à prendre : La délégation s’est divisée en groupes de travail collaboratifs afin de traduire les observations de la semaine en supports pastoraux concrets, en cadres pédagogiques et en recommandations stratégiques.
Séance plénière de clôture : présentation des résultats finaux et des évaluations intergroupes
I. Repenser l’éducation des jeunes enfants
Nous devrions nous orienter vers des modèles tels que « Godly Play » et la philosophie de la pastorale des enfants « Te Aka Puaho », qui considèrent les enfants non pas comme des vases vides à remplir d’informations, mais comme des individus dotés d’une intuition spirituelle. Nos prochaines révisions du programme scolaire devraient donner la priorité à un apprentissage expérientiel, axé sur le récit.
II. Engagement en faveur d’une pédagogie décolonisatrice
La découverte de « l’ histoire alternative du Pacifique » et l’étude des systèmes de raisonnement cycliques mettent en évidence les limites des structures administratives purement occidentales. Nos ressources éducatives doivent intégrer délibérément des visions du monde issues de cultures diverses, en trouvant un équilibre entre la réussite individuelle et les valeurs centrées sur la communauté (Whenua).
III. Adopter des méthodologies collaboratives modernes
Pour les futurs synodes, les travaux des comités et les initiatives en faveur du bien-être communautaire, l’Église devrait s’éloigner des structures de réunion rigides et hiérarchiques. L’adoption de la « technologie Open Space » et de « l’enquête appréciative » favorisera une participation plus large et débouchera sur des résultats plus organiques, portés par la communauté.
Mise en œuvre stratégique pour le département Enfants de l’EPM
Alors que nous cherchons à enrichir nos propres ministères auprès des enfants dans toutes nos paroisses actives à Maurice, les enseignements tirés de cette consultation offrent des pistes à la fois très concrètes et porteuses de changement. Maurice, tout comme la Nouvelle-Zélande, est une société merveilleusement diversifiée, multiculturelle et postcoloniale. Notre approche de la formation religieuse des enfants doit refléter cette richesse.
Les points clés suivants, prêts à être mis en œuvre, doivent être pris en compte en vue d’une adaptation et d’un partage au sein du département Enfance de l’EPM :
A. Le cadre « Godly Play » (écoles du dimanche paroissiales)
Le concept : passer des cours traditionnels de l’école du dimanche à la méthodologie « Godly Play ». Ce système reconnaît que les enfants possèdent une intuition spirituelle naturelle et profonde et qu’ils apprennent mieux à travers des récits sacrés, des questions ouvertes suscitant la curiosité et du temps dédié au jeu créatif.
Mise en œuvre au sein de l’EPM : Lancer un programme de formation pilote destiné aux animateurs des écoles du dimanche de nos paroisses afin de leur enseigner des techniques de narration utilisant du matériel concret et tangible. Repenser l’aménagement des salles de classe pour s’éloigner des pupitres rigides ou des configurations routinières au profit d’agencements circulaires et ouverts favorisant la découverte collective.
B. Décolonisation de la pédagogie et narration contextuelle
Le concept : s’éloigner des supports pédagogiques entièrement eurocentriques et adopter à la fois des systèmes de raisonnement linéaires et cycliques. Cela implique d’enseigner la foi à travers des modèles narratifs relationnels et centrés sur la communauté, plutôt que par une simple mémorisation morale stricte et axée sur les textes.
Mise en œuvre du PCM : Revoir et adapter nos programmes actuels de pastorale des enfants afin qu’ils reflètent mieux notre identité régionale. Nous pouvons intégrer des éléments du contexte local — par exemple en utilisant les riches traditions orales et la géographie naturelle de l’île Maurice (nos terres, nos plages et notre patrimoine historique) — pour raconter à nouveau les récits de la création et les récits bibliques, à l’image de l’approche maorie consistant à « raconter la création sur la terre ».
C. Le modèle d’évangélisation « Messy Church »
Le concept : un modèle d’évangélisation très efficace et accessible, conçu pour les familles qui ne se sentent pas forcément à l’aise dans le cadre liturgique classique du dimanche matin. Il met l’accent sur la créativité, la fête et l’hospitalité (et comprend toujours un repas partagé).
Mise en œuvre par le PCM : confier au département Enfants la charge d’organiser des sessions « Messy Church » l’après-midi, tous les deux mois ou tous les trimestres, dans nos paroisses. Cela constituera un outil essentiel pour aller à la rencontre de la communauté, en accueillant les familles des quartiers locaux afin qu’elles participent à des activités manuelles inspirées de la Bible, à un culte informel et à un repas partagé.
D. Gouvernance coopérative et écoute active dans la pastorale des enfants
Le concept : S’éloigner d’une structure rigide et descendante lors de la planification des activités pour les jeunes et les enfants, en optant plutôt pour des méthodologies collaboratives telles que l’enquête appréciative et le mind mapping.
Mise en œuvre par le PCM : Intégrer des « cercles d’écoute » délibérés où les enfants et les jeunes ont la possibilité de s’exprimer activement pour partager leurs idées sur la vie et les activités de l’Église. Former les responsables de l’école du dimanche à utiliser la carte mentale et les boucles de rétroaction en plénière lors de l’organisation d’événements majeurs du département, afin de cultiver un sentiment d’appropriation partagée et de responsabilité communautaire (formation de la personne et de la communauté).
3. Tableau récapitulatif pour le Comité des enfants


Intégration du Théâtre de l’opprimé dans la pratique pédagogique

1. Animation et implication
Au cours de notre séjour ensemble, et plus particulièrement lors de nos sessions d’immersion intensive sur le marae et de nos ateliers pléniers, j’ai eu le grand privilège de présenter et d’initier les participants à la consultation aux méthodologies du Théâtre de l’opprimé.
Développé par Augusto Boal, ce cadre théâtral interactif utilise la scène comme un espace de répétition pour la transformation sociale et spirituelle. Plutôt que d’être des spectateurs passifs, les participants deviennent des « spect-acteurs », s’impliquant activement dans des scénarios pour analyser les dynamiques de pouvoir, démanteler les barrières systémiques et générer collectivement des solutions créatives aux défis du monde réel.
2. Résultats et impact sur les participants
L’introduction de cette méthodologie s’est avérée être un volet exceptionnellement fructueux et passionnant de la consultation. Elle a trouvé un écho profond avec nos thèmes généraux que sont la décolonisation de la pédagogie et l’apprentissage centré sur la communauté.
Briser les hiérarchies : les exercices ont mis tout le monde sur un pied d’égalité, permettant aux délégués, aux aumôniers et aux responsables communautaires d’engager un dialogue franc, honnête et non hiérarchique.
Théologie incarnée : elle a fait sortir notre réflexion théologique d’un espace purement intellectuel pour la transformer en une expérience incarnée, nous permettant ainsi de nous engager physiquement et émotionnellement sur les questions de diversité, de marginalisation et d’équité éducative.
3. Application au sein du département Enfants de l’Église presbytérienne de Maurice (PCM)
Cet outil a des implications profondes sur la manière dont nous formons nos animateurs d’école du dimanche et dont nous impliquons nos jeunes. Le théâtre et la narration incarnée sont des langages naturels pour les enfants.
L’intégration du Théâtre de l’Opprimé dans la conception des programmes de l’école du dimanche transforme les enfants d’auditeurs passifs en participants actifs (« spect-acteurs ») qui vivent physiquement et émotionnellement les récits bibliques et éthiques.
A. Formation des animateurs de l’école du dimanche
Plutôt que de recourir à des cours magistraux traditionnels et descendants, les sessions de formation des animateurs peuvent s’inspirer des modèles collaboratifs.
Modélisation immersive : la formation doit se faire par le biais d’ateliers pratiques plutôt que de manuels théoriques. Les animateurs doivent participer aux mêmes jeux de théâtre physique et aux mêmes exercices de résolution de problèmes qu’ils utiliseront plus tard avec les enfants.
Compétences en co-animation : Faire évoluer le rôle de l’animateur d’un « enseignant » autoritaire vers celui d’un « Joker » (l’animateur neutre dans le Théâtre de l’Opprimé). Les animateurs apprennent à poser des questions ouvertes, à guider la réflexion et à aider les enfants à naviguer dans les scénarios sans leur donner de réponses prédéterminées.
B. Impliquer les jeunes et les enfants
Le théâtre et la narration incarnée offrent un cadre adapté à l’âge des participants pour décortiquer des concepts complexes.
Le théâtre-forum au service des défis du monde réel : les cours de catéchisme peuvent intégrer une courte scène scénarisée dans laquelle un personnage est confronté à un problème pertinent (par exemple, le harcèlement, l’exclusion, un partage injuste).
Les enfants peuvent crier « Stop ! », entrer dans la scène en tant que « spect-acteurs » et tester différentes interventions physiques et verbales pour changer l’issue de la scène.
Étude incarnée des Écritures : sortir les récits bibliques de la page. Les enfants peuvent utiliser le « théâtre d’images » (en sculptant leur propre corps ou celui des autres pour former des statues silencieuses) afin de représenter des concepts abstraits tels que la liberté, la captivité, la justice ou la grâce, ce qui leur permet de ressentir le poids d’un récit avant d’en discuter à partir du texte.
Recommandations stratégiques
Pour réussir à faire évoluer cette méthodologie d’un volet expérimental de consultation vers une pratique départementale pérenne, les étapes suivantes sont recommandées :
1. Adaptation et co-conception du programme
Action : Passer en revue le programme actuel de l’école du dimanche et sélectionner 3 à 5 unités thématiques centrales à enrichir à l’aide de méthodologies de narration incarnée.
Objectif : Cibler les cours traitant de la justice sociale, de la responsabilité communautaire et de la diversité. Créer des « consignes pour l’animateur » claires dans les guides pédagogiques afin d’aider les animateurs à passer en douceur d’une histoire à un exercice théâtral.
2. Mise en œuvre du programme pilote
Action : Lancer un programme pilote de 6 semaines dans quelques paroisses sélectionnées avant de déployer le cadre à l’échelle nationale.
Priorité : Documenter les séances afin d’observer comment les enfants de différents âges réagissent aux exercices. Recueillir les retours des animateurs participants concernant la durée, les contraintes d’espace et les niveaux d’engagement afin d’affiner l’approche.
3. Mettre en place des réseaux régionaux d’entraide entre pairs
Action : Abandonner les sessions de formation annuelles isolées au profit de cercles d’apprentissage continus et non hiérarchiques pour les animateurs.
Objectif : Mettre en place des rencontres régulières et informelles au cours desquelles les animateurs de différentes paroisses pourront partager des exercices réussis, résoudre les difficultés rencontrées lors des séances de théâtre-forum et co-créer de nouveaux scénarios interactifs.
4. Ancrage culturel et contextuel
Action : Veiller à ce que les exercices théâtraux s’appuient sur des éléments culturels mauriciens locaux, tels que les rythmes traditionnels de la narration ou les dilemmes communautaires familiers.
Objectif : Cela permet d’ancrer la « pédagogie décolonisatrice » dans une réalité tangible, en garantissant que les exercices trouvent un écho direct dans les expériences vécues et les réalités quotidiennes des enfants mauriciens.
Conclusion
Cette consultation a fourni un plan d’action essentiel pour la réforme. En alliant l’excellence institutionnelle structurée (telle qu’on la retrouve à Saint Kentigern) à des modèles communautaires autochtones profonds, relationnels et ancrés dans le territoire (tels qu’on les vit au Marae), notre Église est particulièrement bien placée pour mener
une transformation éducative holistique, propice à l’épanouissement de la vie.
